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26 juillet 2008

Un peu d'histoire ... Episode 2 : La robe et l'épée

Voici la suite de la partie histoire des Ardennes, pour ceux qui aiment l'histoire, bonne lecture ;-)

Au cours des XIème et XIIème siècles, de puissants ordres monastiques tels les bénédictins, les chartreux et les cisterciens fondent des abbayes, des prieurés et des églises.

C'est toute une économie qui s'installe et prospère, car les moines ne se contentent pas de piété, de prières et de chants liturgiques ; ils sont aussi bûcherons, laboureurs, bâtisseurs, sculpteurs, forgerons, copistes, enlumineurs ...

Les défrichements s'accroissent, certains marais sont asséchés.

Abandonnons la robe de bure pour endosser l'armure du chevalier.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il règne une grande confusion dans tout cet enchevêtrement de comtés, de baronnies et de principautés.

On peut cependant accorder la première place, dans la hiérarchie féodale ardennaise, au comté de Rethel. Fondé en 960, il sera au XVIème siècle, le plus considérable du royaume de France. Avec ses cinq villes (Rethel, Mézières, Rocroi, Donchery et Château-Porcien) et ses cinq prévôtés (Bourcq, Omont, Brieulles, Warcq, Châtel-Chéhéry), le domaine occupe plus de la moitié de la superficie du département actuel.

Rethel aurait pu devenir la capitale des Ardennes. Le destin funeste de la descendance du 43ème comte de Rethel, François de Clèves, en décidera autrement. Ses trois fils meurent prématurément sans descendance. Dès lors, c'est Henriette, sa fille ainée, qui lui succède.

En 1565, sur l'insistance de la Reine-Mère, Catherine de Médicis, elle épouse un certain Louis de Gonzague.

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Image issue de Wikipédia

Des princes italiens au pays des sangliers, par le hasard d'un mariage princier.

Leur fils, Charles, laissera son nom à la postérité, en fondant en 1606, dans une grande boucle de la rive gauche de la Meuse sur ses terres de la Seigneurie d'Arche, une ville à laquelle il laissera son nom : Charleville.

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Image issue de Wikipédia

Une cité nouvelle, simple, régulière, élégante.

Au centre, la place Ducale, conçue par Clément Métezeau.

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histoire,ardennes

Photo issue de Wikipédia

 Elle présente de nombreuses analogies avec la place des Vosges à Paris, réalisée à la même époque par le frère de l'architecte. Un palais ducal devait être construit dans le haut de la place, mais le projet fût abandonné, faute d'argent.

Quatre rues principales convergent vers ce lieu et desservent les quartiers de la ville. Des églises, couvents et collèges furent construits.

Pour y attirer de nombreux habitants, Charles de Gonzague donna droit d'asile à tous ceux qui pour "dettes, obligations ou crimes" pouvaient être recherchés par les pays voisins.

La ville fût autorisée à battre monnaie, ce qui lui assura la prospérité.

L'histoire des princes en Ardennes ne se borne pas seulement à Charleville et au comté de Rethel, qui pour l'anecdote, devint duché en 1581.

En effet, il serait regrettable de ne pas évoquer une autre cité ardennaise, qui fera tant parler d'elle, notamment au cours des trois derniers confits qui nous opposèrent aux allemands. Il s'agit de Sedan et son imposant château fort, demeure des seigneurs de la Marck.

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C'est pour le trône de France, un rempart contre la maison de Bourgogne et l'Empire de Charles-Quint. Le frère de Robert Ier, Guillaume, surnommé le Sanglier des Ardennes, fût si dévoué au roi Louis XI, que celui-ci, en signe de gratitude, assurera Sedan de la possession du duché de Bouillon et de son soutien contre quiconque voudrait lui faire la guerre.

Fort de cette alliance, Robert II de la Marck osera narguer Charles-Quint pour une obscure affaire de succession à la baronnie d'Hierges. Un prince ardennais déclare la guerre au souverain le plus puissant d'Europe ; il en résulte le siège de Mézières en 1521, les exploits d'un certain Bayard, et cinq ans de guerre entre François Ier et l'empereur.

Dès 1549, Robert IV de la Marck fait de la ville une principauté.

La cité peut être aussi, un havre de paix et de tolérance. Quand en 1558, Henri-Robert de la Marck se marie avec Françoise de Bourbon-Vendôme, il épouse par la même occasion les convictions religieuses de celle-ci. Le calvinisme s'installe, la principauté ouvre ses portes aux protestants pourchassés par les guerres de Religion.

En 1594, Charlotte de la Marck épouse Henri de la Tour d'Auvergne. Avec quatre mille habitants, Sedan compte la population la plus importante en terre ardennaise. En 1602, Henri fonde une université où professa notamment Pierre Bayle. La ville est alors une capitale protestante. Le futur Turenne, Maréchal de France, descendance des de la Tour d'Auvergne, y voit le jour en 1611.

Le 29 septembre 1642, Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, compromis dans un complot contre Louis XIII, n'aura d'autre solution, pour garder sa tête, que d'offrir la principauté à la couronne.

En 1663, Rethel est également rattaché au royaume. Le duché perd son indépendance et même son nom. Pour cette fois, il n'est pas question de complot, mais de caprice et de dot. Hortense de Mancini, la veille de ses noces, reçoit de son oncle cardinal, une somme d'argent lui permettant de s'offrir le duché-pairie de Rethel. L'ecclésiastique a une exigence, que la ville porte son nom. Ce sera chose faite jusqu'en 1789, Rethel s'appelera Mazarin.

 

C'est la fin d'une époque, celle des princes ardennais, le crépuscule pour les de la Marck, les Gonzague et autres de la Tour d'Auvergne.

 

A suivre ...

 

Source : Le guide des Ardennes de Yanny Hureaux, éditions La Manufacture.

13:20 Écrit par Virginie dans Histoire des Ardennes | Commentaires (2) | Tags : histoire, ardennes |

Commentaires

Une région très animée que la tienne! Merci pour cette très intéressante leçon d'histoire!

Écrit par : Kristin | 27 juillet 2008

Que voilà une promenade historique des plus intéressante ! une région toute aussi mouvementée que les autres avec une belle ville que Charleville c'est, en tout cas, ce que donne comme impression cette magnifique place... Cette immersion me donnera plus d'intérêt pour cette région quand je rencontrerais à nouveau tous ces noms dans notre histoire de France... merci Catssy... quel plaisir !

Écrit par : aliénor | 27 juillet 2008

Les commentaires sont fermés.