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27 décembre 2008

Un peu d'histoire ... Episode 4.2 : "Tout est perdu, fors l'honneur"

Toujours à la recherche de l'armée de Bazaine, Mac-Mahon franchit la Meuse à Mouzon.

Le 30 août, à Beaumont en Argonne, les Allemands surprennent le corps d'armée du général Failly. C'est une panique effroyable, 1 800 tués, 3 000 prisonniers. Le même jour, à la tombée de la nuit, l'empereur Napoléon III arrive incognito à Sedan.

L'armée a installé ses bivouacs à l'est de la ville. Dans la vieille forteresse, l'atmosphère est inquiétante. Des soldats, des fuyards, des voitures, des canons se croisent en tout sens. Aucun ordre précis n'est donné, si ce n'est d'occuper les hauteurs de la rive droite de la Meuse. De plus, Mac-Mahon ignore totalement l'importance de l'armée ennemie, ils sont environ 60 000 lui dit-on, en fait, les effectifs sont plus du double, et ceux-ci ont commencé l'encerclement.

La nuit du 31 août, ni l'empereur, ni Mac-Mahon ne se bercent d'illusion, "tout est perdu, fors l'honneur".

L'armée toute entière se trouve sur la rive droite de la Meuse, dans un triangle délimité par la Givonne, un petit cours d'eau dont un quartier de Sedan porte aujourd'hui le nom, le ruisseau d'Illy et la place de Sedan.

A la pointe sud de ce dispositif, une division de marine, les célèbres marsouins, ont reçu l'ordre de tenir coûte que coûte le village de Bazeilles. La tâche s'avère compliqué car le génie français n'a pas détruit les ponts qui aurait ralentit l'avancée ennemie.

Les Bavarois tentent un premier assaut. Ils sont repoussés après de très violents combats. Le calvaire va durer deux jours pour les défenseurs et les habitants.

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"La dernière cartouche" d'Alphonse de Neuville

Le 1er septembre, dès l'aube, l'ennemi attaquent de nouveau. A 6h du matin, c'est déjà le carnage.  Les Allemands surpris par cette résistance acharnée, se vengent sur la population, le village est incendié, les femmes et les enfants sont pris pour cible.

Vers midi, deux divisions bavaroises arrivent en renfort, on se bat à la baïonnette dans chaque maison.

Vers quatorze heures, il ne reste plus qu'environ 200 marsouins qui résistent à 20 000 Bavarois. Les munitions viennent à manquer. les derniers défenseurs se sont retranchés dans une auberge où vers 15h30, l'ennemi pointe six canons. Les Français comptent leurs cartouches, il en reste trente, on les confie au tireur d'élite Aubert, qui fera mouche à chaque coup. Ensuite que faire ? Il ne reste plus qu'à hisser le drapeau blanc, les marsouins sortent les bras en l'air. Un officier allemand intervient pour empêcher ses hommes de commettre un nouveau massacre.

De nos jours, cette auberge existe toujours, elle est devenue un musée, le musée de la dernière cartouche.

histoire,ardennes

Musée de la dernière cartouche de Bazeilles, aujourd'hui.

Alors que Bazeilles agonise, dans le même temps, au nord, les environs d'un autre village vont être le théâtre d'un fait d'arme des troupes françaises.

L'ennemi resserre inexorablement son étau sur la cuvette de Sedan, il faudrait hisser le drapeau blanc. Or, très tôt le matin, le maréchal Mac-Mahon a été blessé à la cuisse gauche. 

Son remplaçant, le général Wimpffen, s'obstine à tenir le terrain plutôt que d'envisager un repli sur le camp fortifié de Mézières d'où il pourrait recevoir un soutien.

Il donne l'ordre au général Margueritte de faire charger à cheval ses régiments de chasseurs d'Afrique. Ses hommes savent qu'ils vont mourir pour une cause perdue, et pourtant ils s'élancent des hauteurs de Floing. La pente abrupte, les creux causent la chute de nombreux cavaliers ;  des centaines d'autres se font hacher par les salves de l'artillerie et de l'infanterie ennemie. Les charges se répètent, mais comme à Waterloo, elles seront inutiles, la ligne ennemie ne rompt pas.

Juste à côté, sur la butte d'Illy, des régiments d'infanterie française montent à l'assaut pour tenter d'endiguer l'encerclement. C'est un nouveau massacre, un "Verdun" avant l'heure. La bataille d'Illy est retenue comme le pire exemple de la foudroyante suprématie de l'artillerie prussienne en 1870.

Les soldats, démoralisés, commencent à refluer en masse, d'autres mettent bas les armes et se rendent. L'artillerie prussienne pilonne sans relâche.

Tout au long de la journée, l'empereur a parcourut le champs de bataille en s'exposant dangereusement, cherchait-il à mourir ? La mort n'ayant pas voulu de lui, il se décide à arrêter le massacre. vers 18 heures, le message de reddition est porté à Guillaume 1er.

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Après une entrevue des généraux au cours de la nuit, au matin du 2 septembre, Napoléon III signe la reddition au château de Bellevue, que l'on peut apercevoir lorsqu'on emprunte l'autoroute juste avant d'arriver à Sedan. Il y passera sa dernière nuit.

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Le 3 septembre, il part pour le château de Wilhelmshöhe qui lui a été assigné comme lieu de captivité. Ironie de l'histoire, cette résidence avait été occupée par son oncle Jérôme, lorsqu'il était roi de Westphalie.

Dans l'histoire militaire du XIXème siècle, la capitulation de Sedan est sans précédent de par son ampleur.

Source : Le guide des Ardennes de Yanny Hureaux, éditions La Manufacture.

La guerre de 70 de François Roth, éditions Fayard.

14:58 Écrit par Virginie dans Histoire des Ardennes | Commentaires (7) | Tags : histoire, ardennes |

30 novembre 2008

Un peu d'histoire ... Episode 4.1 : Prélude d'une défaite

19 juillet 1870-10 mai 1871, c'est durant cette période que s'est déroulée la première guerre franco-allemande. A peine dix mois d'un conflit, aujourd'hui largement occulté et supplanté dans nos esprits par la saignée de 1914-1918 et l'apocalypse de la seconde guerre mondiale. Mais pour les contemporains, la terrible défaite de Sedan, aussi soudaine qu'improbable ; les capitulations de Metz et de Paris et l'invasion du territoire national, ont profondément marqué les esprits. Victor Hugo évoque "l'année terrible" dans une de ses formule restée célèbre.

Avant le lever de rideau sur l'acte final du drame qui va se nouer autour de Sedan, il nous faut évoquer succinctement le déroulement des évènements qui nous conduisirent à cette situation.

Au cours du mois de juillet 1870, la tension monta d'un cran suite à la candidature d'un Hohenzollern à la couronne espagnole. La France obtint toute satisfaction dans cette affaire, mais comme elle demanda des assurances écrites pour l'avenir, la publication par la presse d'une dépêche, " la fameuse dépêche d'Ems" dont le texte original fût modifié par le chancelier Bismark provoqua la colère des Français et conduisit Napoléon III à déclarer la guerre. BismarcketNapoleonIII.jpg

Reproduction d'une œuvre de Wilhelm Camphausen.

Ce document est-il à l'origine de la guerre, la question reste posée, car celui-ci est publié en France le 15 juillet, et il semble établit que le gouvernement français avait pris la décision secrète d'une mobilisation le 13. Certes, selon une expression, "la mobilisation n'est pas la guerre", néanmoins elle y conduit, en fait, la publication de la dépêche vient à point nommé.

Ensuite, tout s'accélère, les crédits militaires sont votés, la mobilisation est générale, le 19 juillet, la France déclare la guerre.

Les premières opérations ont lieu aux frontières, le dispositif français s'articule autour de deux armées : l'armée de Lorraine commandée par le maréchal Bazaine et l'armée d'Alsace, commandé par le maréchal de Mac-Mahon.

 

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Photo issue de Wikipédia

La mobilisation s'est faite dans l'improvisation, il y a de nombreuses carences dans le dispositif, les informations qui parviennent aux commandants en chef sont insuffisantes et souvent contradictoires. Devant cette situation, plutôt que d'attaquer rapidement, les troupes françaises restent l'arme aux pieds.

Le premier choc a lieu le 4 août et se solde par une défaite.

Après une série de batailles, à la fin du mois, la situation est la suivante : l'armée d'Alsace s'est repliée vers le camp de Châlons sur Marne, l'armée de Lorraine est retranchée dans Metz.

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Afin d'éviter l'encerclement de celle-ci, on envisage la manoeuvre suivante : les troupes enfermées dans Metz se replieront en direction de Verdun, une armée de secours partira de Châlons et sera chargée d'assurer la jonction.

Le 21 août, Mac-Mahon quitte Châlons et marche en direction du nord.

Tout dépend désormais de Bazaine.

Le problème est qu'il ne fera jamais mouvement, mais cette information capitale ne parviendra pas à l'armée de secours car à compter du 20 août, Metz ne communique plus avec l'extérieur.

Du côté ennemi, on progresse en direction de Paris, des éclaireurs s'approchent du camp de Châlons vide de troupe et devinent qu'elle remonte vers le nord. Un exemplaire du journal "Le temps", daté du 24 août, tombe entre les mains allemandes et confirme les informations recueillis sur le terrain.

histoire,ardennes

Tableau issu de Wikipédia

* Ulhans : lanciers prussiens

L'état-major réagit promptement, l'ordre est donné d'abandonner la route de la capital et de se diriger vers le nord-ouest.

En quelques jours, le général Moltke a placé ses armées en position avantageuse. Il dispose d'une supériorité numérique et menace le flanc droit de Mac-Mahon. celui-ci, conscient qu'il court à sa perte, demande l'autorisation de se replier sur la place forte de Mézières. Le gouvernement refuse. En soldat obéissant, le Maréchal s'incline, il est pris au piège.

 

A suivre ...

 

Source : Le guide des Ardennes de Yanny Hureaux, éditions La Manufacture.

La guerre de 70 de François Roth, éditions Fayard.

11:12 Écrit par Virginie dans Histoire des Ardennes | Commentaires (2) | Tags : histoire, ardennes |

15 août 2008

Un peu d'histoire ... Episode 3 : Du sang et des larmes

Comme partout en France, les guerres de religions furent pour les Ardennes, le prétexte de tueries, pillages et rapines en tout genre.

Le maréchal de Saint-Paul, lieutenant du duc de Guise, représentant la "Sainte Union", autrement dit : les catholiques, s'emparent par la terreur et le carnage des localités de Rocroi, Château-Porcien, Rethel, Mouzon et Mézières.

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Par mesure de rétorsion, le camp opposé, les huguenots, ravage Le Porcien, une contrée qui s'étend entre Rethel et Asfeld. La liste des forfaits est trop longue pour tous les citer, on peut néanmoins retenir le massacre de cent cinquante catholique à Château-Porcien, cinq cents autres égorgés à Poix-Terron.

Le XVIème siècle s'achève dans le sang, le XVIIème ne sera pas différent.

Les tensions entre factions religieuses n'ont pas été cantonnées à l'Hexagone. L'Europe est devenue une véritable poudrière. Après de multiples atermoiements, le pays se trouve plongé à partir de 1635 dans un conflit qui va s'éterniser jusqu'en 1659. Cette embrasement général, que l'histoire a retenu sous le nom de "guerre de trente ans" sera encore pour les ardennais une terrible épreuve. Les mercenaires du roi de France vivent sur le pays, les campagnes sont pillées.

Gloire à la France et aux Ardennes, s'écrira t-on, le lendemain du 19 mai 1643, lors de la décisive victoire du Grand Condé sur les troupes de Philippe IV à la bataille de Rocroi.

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Le duc d'Enghien à la bataille de Rocroi (Wikipédia)

Pauvres ardennais, en vérité !!! Entre autre contrées, le Rethélois et le plateau de Rocroi sont anéantis par les Espagnols et les troupes de Condé.

Quinze ans plus tard, un émissaire du roi, chargé de remettre un rapport sur l'état de la région, constate que les campagnes sont exsangues.

En 1659, le traité des Pyrénées met un terme au conflit, la France récupère Philippeville et Mariembourg, et le duché d'Yvois qui s'appelle aujourd'hui Carignan, localité située à l'est de Sedan.

En 1678, après un nouveau traité de paix, celui de Nimègue, la France récupère le comté liégeois d'Agimont. C'est l'origine de la pointe nord de Givet.

Au court du siècle suivant, les Pays-Bas espagnols cèdent plusieurs villes et villages, notamment en 1769, Revin et Fumay.

En 1789, la Révolution et sa toute nouvelle Assemblée Nationale fait preuve de rationalisation administrative. Les départements sont crées.

On nous baptise d'abord du pompeux "département septentrional de la Champagne", puis on se ravise ; la forêt, le massif et les platitudes du rethélois. On propose le département des Ardennes, le roi confirme cette dénomination. Merci Louis XVI, on l'a échappé belle, heureusement que vous aviez la tête sur les épaules, plus pour très longtemps hélas !

Le 20 septembre 1792, se déroule dans le département voisin de la Marne, la célèbre bataille de Valmy. La retraite des armées autrichiennes et prussiennes est semée d'exactions dans les Ardennes.

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Tableau d'Horace Vernet

Les guerres du Consulat et du Premier Empire n'apporteront pas des faits notoires pour le département, si ce n'est l'essor de l'industrie ardennaise comme la manufacture d'armes de Charleville.

Avec l'avènement du Second Empire, le département se trouve entraîné dans une spirale infernale.  Entre 1870 et 1940, le destin de la France va basculer par trois fois, et toujours, oh ironie de l'histoire, au même endroit. A tel point que l'on peut parler de véritable cauchemard celui de Sedan.

A suivre ...

 

Source : Le guide des Ardennes de Yanny Hureaux, éditions La Manufacture.

13:20 Écrit par Virginie dans Histoire des Ardennes | Commentaires (4) | Tags : histoire, ardennes |